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Musée des Beaux Arts de Lyon

Je lézarde devant les arts

Ce qui est super quand on est chômeuse et intéressée par la culture, c’est que d’une part on a plein de temps libre et d’autre part on rentre gratuitement dans les musées. Il suffit de faire son regard de chien battu à la personne de l’accueil en lui tendant sa carte CHOMEUR… bien sûr, l’humiliation va de pair avec la gratuité, faut pas pousser non plus !

Hier, je suis donc allée profiter de mes privilèges de chômeuse en me baladant au Musée des Beaux Arts. Avec mon look d’étudiante en histoire de l’art (on sous estime trop souvent le pouvoir des lunettes et du petit chemisier) et mon fidèle cahier-pour-écrire-des-commentaires-et-avoir-l’air-intelligente à la main, j’ai pénétré le grand bâtiment, gardien de trésors artistiques et historiques.

Comme le MBA de Lyon est très grand (70 salles), je vais surtout vous parler des pièces qui m’ont plu ! Ma première étape a été de découvrir la Chapelle, au sous-sol, qui abrite la galerie des sculptures. Cette belle salle lumineuse parsemée de touches blanches (les sculptures en marbre) reflète bien le calme légendaire des musées. On se croirait dans l’antre de la Gorgone Méduse, avec tous ces personnages figés dans des positions très expressives, comme pétrifiés en pleine action. Cette assemblée de silhouettes muettes est présidée par un Caïn (du sculpteur Etex) massif et impressionnant. Un lion (œuvre de Barye) en plâtre, majestueux et symbolique, se bat silencieusement avec un serpent ; des jeunes filles en fleurs se prélassent sous un soleil imaginaire ; des guerriers brandissent des armes inoffensives et quelques sculptures de Rodin et de Maillol viennent achever ce tableau surréaliste.

Mon deuxième coup de cœur va à l’aile égyptienne. Située au premier étage du musée, cette suite de petites salles restitue particulièrement bien la beauté des œuvres exposées. Après avoir grimpé un bel escalier, j’accède à une petite pièce sombre. Quelques lumières jaunâtres éclairent des alcôves secrètes : je me retrouve face aux antiquités pharaoniques. Ambiance pesante, presque mystique. De nombreuses rangées de petites statues de divinités perdues semblent me suivre du regard. Une tête et une main momifiée à hauteur d’yeux m’effraient un peu et, derrière une vitrine d’une transparence trompeuse, sont exposés des cercueils majestueux, arrachés aux tombeaux millénaires des pyramides. Je continue ma visite en longeant un couloir jonché de fragments de murs illustrés de mystérieux, mais non moins fascinants, hiéroglyphes. Je franchis également les portes des temples de Ptolémée III et IV, à la fois timide et respectueuse. Je m’imagine presque aux temps de pharaons tant les pierres sont mises en valeur.

Puis viennent les classiques poteries sur lesquelles je ne m’attarde guère, l’art romain et ses drapés beaucoup moins mystérieux, l’incontournable salle numismatique à la fois impressionnante et ennuyante, … Je traverse, au fil des salles, les pays et les siècles, les techniques et les styles, les matériaux et les sujets.

Au deuxième étage se trouvent les peintures du XVe au XXe siècle. J’assiste à un défilé d’illustres noms du genre : Véronèse, Rembrandt, Gauguin, Pissaro, Monet, Degas, Renoir, Picasso, Matisse, Léger, … Je me crois plongée dans une encyclopédie retraçant l’histoire de la peinture : enrichissant mais aussi assommant. Trop d’œuvres, tue l’œuvre ! J’écourte ma visite du dernier étage, promis, je reviendrai (l’avantage de la carte chômeur).

Je sors de ce bâtiment labyrinthique pleine de connaissances nouvelles et emmêlées. Je pense qu’une boisson rafraîchissante dans le jardin du musée m’aidera à remettre tout ça en place ! Car, en plein cœur de Lyon, ce havre de verdure à l’italienne, calme et harmonieux, est une autre des petites merveilles du musée.

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Keith Haring

Où ? Au Musée d’Art Contemporain de Lyon

Quand ? Du 22 février au 29 juin 2008 (prolongation jusqu’au 13 juillet)

Give me a Keith

Comme il faisait beau aujourd’hui, j’ai décidé d’aller m’enfermer au musée (soleil + peau blanche = visage rouge pas très glamour). J’avais donc le choix entre une expo avec de vrais cadavres et une expo avec de jolies couleurs vives et joyeuses. Ma décision n’a pas été très compliquée à prendre…

J’ai donc logiquement opté pour Keith Haring. Cet artiste américain au look de geek, amoureux du rap et de la culture urbaine s’expose au Musée d’Art Contemporain de Lyon jusqu’au 13 juillet.

Le problème avec Keith Haring c’est que l’on croit connaître son œuvre par cœur pour la simple et bonne raison qu’il est le roi du produit dérivé ! Ses dessins ont été reproduits maintes et maintes fois pour toutes sortes d’accessoires : verres, serviettes, cahiers, … ! Autant vous dire que celui qui affirme n’avoir jamais vu de dessin de Keith Haring est soit un ermite, soit un menteur !

Ces images de petits bonshommes rigolos en tête, je me suis donc rendue au musée. Pour tout vous dire, je pensais voir une expo rafraîchissante aux thèmes gais et légers. Preuve que je ne connaissais rien à l’œuvre de Keith Haring ! En fait, j’ai découvert un artiste atypique, généreux et angoissé, talentueux et concerné. Un artiste dont la carrière ne s’étend qu’à une seule décennie et qui, pourtant, aura marqué l’histoire de l’art contemporain. Car les peintures de l’américain sont bien plus riches qu’elles ne le laissent supposer aux premiers abords.

Les sujets abordés, souvent noirs (racisme, violence, pouvoir religieux,…), contrastes avec les couleurs vives des dessins aux aspects enfantins. L’innocence de son trait vient renforcer la dureté des thèmes évoqués. Au fil des toiles, on se surprend également à comprendre le talent de Mister Haring : lui qui ne faisait jamais de dessin préparatoire, exécutait ses œuvres de manière très rapide (4 heures pour une immense toile destinée à un casino belge) et totalement spontanée.

La scénographie proposée par le Musée d’Art Contemporain est très sobre, laissant la part belle aux œuvres déjà très chargées de Keith Haring. Les supports utilisés pour parler du travail de l’artiste sont variés (vidéos, photographies, sculptures, reproduction du « Pop Shop Tokyo ») et nous laissent ainsi imaginer son style de vie hors norme.

L’exposition en elle-même est très accessible puisqu’il existe différents niveaux de lecture pour une même toile. Pendant ma visite, de nombreux groupes de visiteurs aux âges divers se sont penchés sur l’œuvre de l’américain. Lui qui considérait l’art comme un moyen de communication avec le public n’a pas fini de toucher les générations à venir !

Pour un artiste qui a commencé par des graffitis sur les murs du métro, cette exposition est une belle récompense. Et moi, je suis ressortie du musée avec une idée plus juste de Keith Haring…

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