Faites du bruit
Il m’a fallu 2/3 jours pour digérer cette nouvelle édition de la fête de la musique et pour me rendre à l’évidence : encore une fois, je me suis fait avoir ! Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté, le 21 juin se solde toujours par une mauvaise migraine (tintamarre incessant oblige). Chaque année, j’y retourne, motivée et entourée de nouveaux amis et chaque année, c’est le même bazar incohérent et cacophonique. Heureusement que les amis sont là !
Résumé de ma soirée.
20h30 : Premier contact avec le monde extérieur, une affreuse voix chante la toute aussi affreuse chanson de Lara Fabian « Je t’aime ». Je découvre avec horreur que le bar du quartier (celui là même dont les murs sont recouverts de posters de Johnny) a eu l’effroyable idée d’organiser un karaoké ! Penser à rentrer tard pour ne pas subir ça trop longtemps…
20h35 : Sur ma route, je m’arrête pour écouter un rappeur énervé. « J’suis méchant comme un chien/j’ai la rage comme un chien/j’suis fidèle comme un chien… ». Vu la richesse des rimes, je suis à deux doigts d’appeler la fourrière.
20h43 : Avec empressement, je descends vers le centre ville. Apparemment, je me suis trompée de jour : n’est-ce pas plutôt la fête de la bouffe ? Kebab, grillades, glaces, crêpes, bonbons… Les rues empestent le graillon et toujours pas de bon son.
20h58 : Enfin, les premières vraies notes de guitare. Le riff universel de « Satisfaction » résonne dans la rue. Je m’approche, un petit groupe d’ado slim-converse-mèche-et-rebelle-attitude monopolise l’attention du public. Malheureusement, le chanteur décide de chanter… J’espère pour lui qu’il n’a pas encore mué.
21h06 : En plein cœur de la ville, la fête de la musique révèle sa véritable nature. Dans une cacophonie pop-rock-rap-jazz-reggae des plus immondes, je me pose sérieusement une question : Jack Lang n’a-t-il pas tout manigancé pour nous dégouter à jamais de la musique et faire ainsi couler le ministère de la culture après son départ ?
21h44 : Nous sommes maintenant un dizaine d’amis, perdus dans cette mer de possibilités plus ou moins musicales qui s’offrent à nous. Chacun donne son avis mais personne ne veut décider. On opte finalement pour les bords du Rhône, il paraît que là-bas, on peut respirer. En route, nous sacrifions trois de nos collègues (ils étaient partis s’acheter une glace, nous n’avons jamais revu les malheureux).
22h02 : Devant l’Eglise de Scientologie, une fille exécute une danse africaine au son des tam-tams. Tripant.
22h11 : Plus on approche des quais du Rhône, plus le silence nous inquiète. Notre groupe commence à se désolidariser : qui a eu la bonne idée d’aller ici, déjà ?
22h28 : Après avoir marché le long du fleuve tel un peuple sans but et désemparé, nous trouvons enfin une table libre en face d’une péniche-bar. Les hommes vont chercher de quoi se désaltérer pendant que nous écoutons le premier morceau du groupe qui joue ce soir. Des textes pseudos intellectuels (« l’infinitésimale de l’originale… ») qu’on ne comprend pas, sur un son à la Noir Désir, mais sans le désir. Le chanteur gesticule dans tous les sens et bidouille, de temps à autres, une table de mixage surement rouillée. Ces « artistes » m’énervent, mais notre groupe à nous n’est pas uni dans le goût de la musique. Les tractations commencent. Les uns trouvent ça « plutôt pas mal » (traduire « c’est super, vous avez de la crotte dans les oreilles ou quoi ? »), les autres « aimerait écouter d’autres groupes » (traduire « c’est pourri, je préfère me taper le chanteur portoricain aux castagnettes plutôt que de rester un minute de plus ici »). Même entre amis, la diplomatie est de mise !
23h15 : Après moults négociations, on se lève, histoire de voir ce que vaut ce fameux chanteur portoricain…
23h16 : Cent mètres plus loin, quelques filles veulent aller aux toilettes. On s’assied dans l’herbe en les regardant retourner à la péniche pleine à craquer.
23h30 : On discute sympathiquement en écoutant les reprises du groupe en face de nous. Téléphone, Alanis Morissette, Muse, White Stripes, AC/DC, Natalie Imbruglia… On chantonne nos classiques, sous les étoiles et au frais. Finalement, il n’y a rien de mieux que les bonnes reprises pour la fête de la musique !
23h59 : Les filles reviennent du pipi-room. Il est temps pour certains, dont moi, de rentrer.
00h32 : Le karaoké du bar à Johnny est terminé. Quelques tentatives de cornemuse résonnent dans le quartier. Pour l’an prochain, je me tâte encore, mais c’est sûr, pas question de regarder Olivier Minne…
